Logo des jeunes socialistes

L’élection de Joe Biden, un succès en demi-teinte pour les démocrates ?

Par Joachim Taïeb

Le 14 novembre dernier, le Mouvement des Jeunes Socialistes à Paris organisait sa première conférence hivernale. L’occasion de revenir sur l’élection de Joe Biden à la présidence américaine en compagnie de deux invités de marque : Jonathon Holler, vice-président des Democrats Abroad en France et Denis Lacorne, professeur d’histoire politique américaine à Sciences Po.

Une élection présidentielle historique à plusieurs titres

Historique, c’est bien le terme qui s’applique d’abord à l’attitude de Donald Trump. Son refus de reconnaître sa victoire a laissé pantois bien des commentateurs loin de la fameuse vertu américaine de la “civilité” citée par Denis Lacorne.

Les recours juridiques engagés ont pour autant peu de chances d’aboutir aux yeux de Jonathon Holler qui a rappelé que l’écart restait important entre les deux candidats dans les Etats contestés et dépassait le nombre de votes par correspondance.

Et c’est davantage le résultat historique de Biden qu’il faut prendre en compte selon le vice-président des Democrats Abroad en France. Ce sont en effet plus de 79 millions d’Américains qui ont voté pour sa candidature, soit un record dans l’histoire politique américaine. Même si Trump a lui-même réussi à mobiliser un nombre important d’électeurs – en tout plus de 73 millions d’Américains – et que l’élection se jouait d’abord au nombre de grands électeurs.

Splendeurs et misères du vote démocrate

Et pour cause, le président sortant a séduit un Latino sur trois grâce à son discours conservateur qui vantait allègrement sa manière de diriger l’Amérique comme une entreprise. Si Denis Lacorne a souhaité préciser que ce sont avant tout les Cubano-Américains qui ont fait basculé le vote latino dans la mesure où le choix démocrate symbolisait à leurs yeux le prétendu triomphe d’un socialisme castriste, il n’empêche. Les démocrates peuvent se mordre les doigts d’avoir peu investi pour s’adresser à cet électorat. Ajoutons également que 12% de la minorité afro-américaine a voté pour Trump loin de l’unanimité anticipée pour le vote démocrate.

Quelques succès  détaillés par Denis Lacorne sont tout de même à mettre au profit du parti démocrate. Et en premier lieu une percée inespérée en Géorgie et dans l’Arizona, considérés comme la chasse gardée des Républicains.

S’agissant du vote féminin, Jonathon Holler a rappelé que l’ancrage toujours important de Trump dans l’électorat féminin n’était finalement pas surprenant malgré les accusations de harcèlement sexuel et de viol dont il fait l’objet.

Ce sont en effet avant tout des femmes ayant voté républicain en 2016 qui se sont de nouveau tournées vers sa candidature, symbolisant l’enracinement d’une polarisation américaine qui oppose républicains et démocrates.

“It’s the environment, stupid !”

La formule a beau sembler d’un autre temps. Celui de la campagne triomphante de Bill Clinton où la récession faisait perdre à son adversaire républicain la présidentielle. Elle pourrait tout de même, moyennant verdissage, s’appliquer aux priorités de Biden pour le mandat qui s’annonce.

Jonathon Holler s’est ainsi montré confiant quant à la capacité de Joe Biden à imposer un agenda écologique du moins dans l’adoption de ses premiers décrets exécutifs, synonymes en particulier de retour dans l’Accord de Paris. Reste que ses espoirs climatiques pourraient très vite être douchés par le Sénat en cas de majorité républicaine. Majorité républicaine qui serait synonyme d’un gouvernement de cohabitation à la française selon Denis Lacorne.

Sur une note plus positive, Jonathon Holler a tout de même rappelé en conclusion que la cause environnementale avait été l’occasion pour l’aile centriste et l’aile plus à gauche du parti démocrate de s’unir pendant la campagne à travers la Biden Sanders Unity Task Force. Une union des gauches au caractère bien libéral pour les commentateurs français mais qui pourrait inspirer les forces de gauche à l’élection présidentielle française de 2022. Chiche ?